The Sunny Side Of The Road
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music is the soundtrack of your life #13 - The end …

Terminus Montréal

Après un trajet retour chaotique et une visite surprise de l’aéroport de Toronto (un cadeau d’Irène, vol dérouté à cause des restes de la tempête qui passait sur le Québec), je suis de retour à Montréal. Retour à la vie normale et aux habitudes.

La boucle est bouclée. Ce post sera donc l’avant-dernier des très exactement 100 posts de ce blog. J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à le lire que moi à l’alimenter jour après jour. Je tiens d’ailleurs à m’excuser d’avoir tartiné de si gros pavés qui ont dû en rebuter plus d’un alors que je m’étais engagé à ne faire que des billets courts, mais on ne se refait pas… 

Je pense à Kerouac qui a passé 2 mois seul en haut de Desolation Peak, pas loin des iles San Juan où je suis passé je me dis que j’en aurai été bien incapable. Je remercie donc celles et ceux qui ont suivi et commenté le blog ou qui l’ont “j’aime” sur facebook. C’est grâce à vous que je ne me suis jamais ennuyé ni jamais senti seul. Et c’était réconfortant chaque soir de vous savoir là. Alors pour tout ca, merci! Et à bientôt sur la route…

Florian

music is the soundtrack of your life #12 - Johnny Cash, I’ve been everywhere man

La chanson parfaite pour conclure ce voyage, celle que j’esperais mettre en conclusion de ce blog depuis le premier jour, celle dont j’essayais d’identifier les villes citées pour savoir si effectivement, j’y étais passé, et finalement celle que j’ai essayé maintes fois de chanter proprement sans jamais y arrivé. Je vous mets au défi! Les paroles sont là:

http://www.azlyrics.com/lyrics/johnnycash/ivebeeneverywhere.html

Km 9543 – Vancouver 2, British Columbia

Km 9543 – Vancouver 1, British Columbia

Km 9543 – Vancouver, British Columbia

Vient le moment de quitter Whistler après une journée de rando en vélo sur des terrains terriblement escarpés, activité de casse-cou qu’on ne recommanderait pas à sa grand-mère. Casse-cou étant à prendre ici dans son acception la plus littérale…

Le matin même je rencontrais un camarade de chambrée qui descendait à Vancouver en bus. Je lui propose de partager la route avec moi. Cet écossais à l’accent aussi rugueux que les murs de pierre des Highlands sera donc la première et dernière personne à s’asseoir sur le siège passager. Sur le chemin il m’apprend qu’il est mechanical engineer chez Rolls-Royce. Tiens donc, un collègue! Pour info amis ingés, chez RR un nouvel embauché se voit offrir une série de stage dans différentes sections de l’entreprise et dans différents pays, ceci pour que le jeune fraichement émoulu de l’école se fasse une idée de chaque métier pour ensuite choisir et s’épanouir dans ce qu’il a choisi. Chez Rolls-Royce il n’y a pas que les clients qui sont choyés!

On arrive finalement sur Vancouver, dernier épisode du feuilleton de l’été. J’essaie de reconsidérer tout ce qui s’est passé en 4 semaines et de faire le bilan. Trop de choses se sont passées, trop vite le temps a coulé et trop de paysages ont défilé pour que tous aient imprimé ma mémoire. Pas d’incident, pas de panne majeure, pas de dégâts et presque une semaine d’avance. Tout s’est très bien passé…peut-être trop, mais serai-je encore français si je ne me plaignais pas de quelque chose?

Je dépose le Scottish devant son hôtel et lui serre la main. Have a safe trip buddy. Je me gare devant le HI Central, vide la voiture et porte le matériel à ma chambre avant d’emmener la voiture à la casse, car il est impossible de vendre la voiture ici pour deux raisons. D’abord personne n’en veut à cause de la rouille excessive qui pousse sur les vieilles québécoises (neige+sel = pas bon) et ensuite parce qu’il faut préalablement la faire immatriculer en BC. L’immatriculation coute chère mais plus encore le contrôle pollution qu’il faut présenter. 300$ le test plus 150-200$ l’immatriculation pour la vendre peut-être 1000$ et ceci dans un délai de deux jours. Mission impossible. Seule solution raisonnable : la casse, où on la reprend pour le prix du métal : 200$ la tonne. C’est douloureux tant pour le cœur que pour le portemonnaie mais je le savais depuis le départ.

Je me présente donc dans l’après-midi à la première adresse que j’ai trouvé sur internet, une charmante maison de banlieue. Je suis surpris et vérifie mais c’est bien ca, un camion de remorquage est garé juste devant. Je sonne. Un type dans la cinquantaine modèle camionneur à biscotos m’indique dans un anglais de cow-boy de la garer dans l’allée devant son garage. Il me tend deux billets de 100$ – je n’en ai jamais vu – et me raconte un tas d’anecdote auxquelles je ne pipe pas un mot. Je lui demande “pour ma culture” ce qui va advenir de la voiture. Je n’aurai pas dû. Il m’explique sans considération pour les oreilles fragiles de Kitt qu’il va l’emmener le lendemain matin à la casse où elle sera vidée de ses liquides, écrabouillée sous une presse puis déchiquetée par une broyeuse en morceaux gros comme ca, me fait-il en levant son pouce et son index espacés d’un centimètre. Je manque tourner de l’œil et me rattrape d’une main sur le capot en lui expliquant que je pensais que certaines pièces pourraient être revendues, comme les freins supposément neufs. 

- Bah je m’emmerde plus avec ca. Avant oui mais plus maintenant. 

Je récupère la plaque du soldat Kitt, autant pour le souvenir de ses bons et loyaux services que pour ne pas être accusé de quoi que ce soit puisque je lui ai vendu sans autre preuve qu’un simple papier avec son adresse et sa signature. Il ne me reste plus qu’à partir vers l’arrêt de bus puisque je suis désormais piéton. Je me retourne une dernière fois. Oui elle sera bien ici dans cette jolie maison…

Les deux jours qui suivent je visite Vancouver sans entrain. Musée d’Anthropologie, Granville Island, Stanley Park… Vancouver est une chouette cité au carrefour de la mer et de la montagne. Excessivement moderne dans son architecture de verre et d’acier mais aussi dans son aménagement, tout est pensé pour le piéton et le cycliste. Elle a de faux airs de San Francisco avec ses gens cools, ses espaces verts, ses points de recyclage partout et son pont suspendu enjambant la baie.

J’ai le sentiment que toutes ces villes du XXIème vont devenir aussi agréables que l’étaient – j’imagine – ces villes de campagne au début du XXème, à l’époque où on marchait beaucoup et où passait les tramways dans des rues vides d’activité automobile. Puisqu’on est tous citadins ou en passe de le devenir je trouve encourageant de voir les villes évoluer dans le bon sens et me plais même à être optimiste quant à l’avenir du monde, mais ce doit être l’air du large qui me monte à la tête… 

Km 9543 - Vancouver, British Columbia

Km 9543 - Vancouver, British Columbia

Km 9419 – Whistler, British Columbia

Assis sur le trottoir devant le McDo d’Anacortes (merci le wifi gratuit), je prends soin de réserver avant de partir un hôtel à Vancouver, où je passerai une nuit avant de filer vers Whistler, station de ski mondialement connue, à 120 km au Nord. La frontière est toute proche, j’y arrive en 1h. Un panneau indique 15 min d’attente. Il ne fait pas très chaud mais Kitt transpire tout de même, affaiblie par les épreuves que je lui ai fait subir. Je passe la douane en 3 questions et 2 minutes. Retour au Canada. Welcome to British Columbia. Bienvenue en Colombie Britannique. 

Le Canada a deux langues officielles, français et anglais, les panneaux sont donc tous bilingues bien que personne ne parle français en BC (British Columbia) et que les premiers francophones résident au Manitoba, à quelques 2500 km de là. En 3 semaines d’immersion en territoire Yankee, je n’ai pas une fois discuté en français et presque jamais entendu le parler, à tel point que j’ai eu du mal à m’exprimer en discutant avec un serveur québécois à Whistler. Je savais toujours ma langue natale mais je mettais une fraction de seconde de plus à trouver mes mots et mes tournures de phrases. Heureusement ca revient vite, putain!

Dans le même esprit, un panneau indique un gros 80. Je mets une petite seconde à réaliser que je suis repassé au système métrique. Fini les petites graduations jaunes illisibles sur le tableau de bord!

Je passe en coup de vent à Vancouver sans rien en voir. Le lendemain au HI (Comprendre Hostel International = auberge de jeunesse) de Whistler (prononcer ètchaï de Ouisleur) je ne suis déjà plus dans un état d’esprit vacances. Dès que j’arrive je nettoie la voiture et fais l’inventaire de ce que contient le coffre. J’ai chargé la voiture au départ de Montréal d’une cargaison d’objets pour parer à toute éventualité : livres contre l’ennui, mousse expansible contre les crevaisons, trousse de premiers soins en cas de bobo, couverture de survie en cas d’accident, trousse de mécanicien en cas de panne etc. Bilan : 2 livres lus sur 12, pas de bobos et pas de panne. Il n’y aura eu que le mini-réchaud et la gamelle en alu qui m’auront vraiment servi. Impossible de surcroit de tout mettre dans mon sac, il me faudra donc abandonner la plupart de ces objets.

Le nettoyage quant à lui est basique et consiste à mettre à la poubelle les dizaines de bouteilles vides et les tonnes de prospectus que j’ai accumulé sur la route. Je vide le coffre sur le parking et entreprend l’énumération en prenant soin de lister sur l’ordinateur tout ce qui peut se vendre, pas tellement pour l’argent que j’espère récupérer mais plutôt parce qu’il est absurde de jeter tout ca à la poubelle alors que c’est presque neuf. Parmi tout le stock, un trépied pour appareil photo, une batterie de cuisine de camping, un mini-réchaud et ses tablettes de combustible, une couverture de survie, un mug de voyage, une trousse de premiers soins, des sachets de soupe au poulet, une lampe de camping, un oreiller, un mètre de chantier, un adaptateur cassette audio, un support mp3 pour tableau de bord et un kit de réparation… J’envoie le fichier par mail au front desk qui m’imprime le document puis l’accroche au tableau des annonces. 

Je n’ai reçu aucun appel, bien entendu…

Km 9419 - Whistler, British Columbia

Km 9419 - Whistler, British Columbia